"C'est très difficile de "s'expliquer" - une interview, un dialogue, un entretien. La plupart du temps, quand on me pose une question, même qui me touche, je m'aperçois que je n'ai strictement rien à dire.
Les questions se fabriquent comme autre chose." Gilles Deleuze - Claire Parnet, Dialogues, 1996.
dimanche, juin 29, 2003
La journée dans les trains, en filant par Paris, les soldes et les regards des femmes.
Un canapé et un fond de musique, le ballet orchestré des vendeuses, le port haut, les remarques complaisantes, le sourire distant et la très grande déférence. C'est du théâtre : sur le parquet tilleul glissent les racs métallisés.
Une géographie des lieux, le forum des images et l'église Saint-Eustache, les rumeurs des Halles et les touristes de Beaubourg. La vitrine sobre et le silence, un temps d'arrêt, clac, on rentre. Il y a le claquement sec des escarpins neufs,
ceux de Françoise Dorléac me dit elle en souriant. Elle rêve d'une jupe plissée noire courte et longue à la fois, elle lui passe sous le nez, nous partons à sa recherche, arnachés et acharnés. Le vendeur gromelle, amical, dans ce monde féminin où l'intrusion masculine est rare, se réduit à l'approbation ou se veut directrice :
Oui, très bien ...
Mes yeux se perdent un moment dans cette foire du blanc, on ressent mieux les codes en
étranger. Mais, le regard inquisiteur de la vendeuse vous ramène à la réalité, où, "se voyant vu", ou plutôt "se voyant vu
voyant", on ressent l'intrusion et quelque part le viol d'un mystère féminin.
vendredi, juin 27, 2003
Ca serait bien mieux comme ça. Les mots s'enchainent au bout du téléphonne qui vite se coupe. Plus rien, plus de batterie, plus la voix au bout du fil. C'est bien éphémère cette tentative pour conjurer la distance, ce langage extension du corps, ce bruissement phatique. On en a marre d'essayer, elle ne sait pas si elle viendra, je ne sais plus, je crois avoir envie de pleurer alors j'écris pour me consoler de son absence, pour violer sa confiance, lui faire cette infidélité du langage. C'est le moment de la vengeance et la montée de l'arrière cours, j'ai le sentiment profond de ceux qui vont mourir, à moins que ? à moins que ?
Oui
Je sais
"elle va venir". Je vais l'attendre toute la nuit comme dans ces vieilles chanson des amours désespérés de
Brel. Bitte geh' nicht fort ... Lass mich nicht allein ...
Ce soir encore les ombres complices des arbres des grands parcs et les rues folles couvertes de monde, le théatre à ses pieds et la chaleur tendre.
"Vous voyez jaimerais bien raconter mais déjà je l'attends"
mardi, juin 24, 2003
La perfection serait un roman de Stendhal ou de Marivaux, de l'inachevé et du vivant. Et moi, je saute les grilles du Luco, je me retrouve rue Monsieur le Prince aux murs hauts serrés, je ne peux vous éviter. Je sens Paris qui m'enveloppe. Je descends le boulevard Saint-Michel où se cognent les passants au soleil. Sous les ponts aux odeurs rances, les gens se croisent,
on est là, au bord de l'eau.
C'est dur d'écrire. Je me place à l'arrière du bus et je surplombe les rues.
La peau douce, encore et encore ... Je m'essaye à retrouver Françoise Dorléac et ses escarpins, sa démarche sure et fragile.
mardi, juin 17, 2003
Sur Racine, eros sororal et eros immédiat, oui c'est déjà demain, dans tes bras, un sourire. C'est facile de tricher, mais nous on ne ment jamais, on s'enumère. Tu me prends les mots et je te mets la table. Si le
qu'est-ce que ? n'était pas la bonne question ? Nous on s'en fout, on compte les instants.
Quand on est heureux on n'a rien à dire et si vous parlez qui vous comprendra ?
Les retrouvailles, c'est
Au bonheur des dames, et puis le mois du blanc. On se confond et on efface. Il y a de la félicité, de l'hystérie, dans cette spirale des sens et de l'oubli. On se quitte quotidiens, on se retrouve aimants. Tout ça nous enveloppe, on va par la ville, au parc Montsouris, les collections de roses, à l'ombre des arbres. Ca nous dessine des mamelons,
une carte n'est pas le territoire et on s'enfonce chez
Pierre et les ambiguïtés, au parler doux de ces soirées rêvées, cassant des doigts les brins d'herbe grasse.
dimanche, juin 15, 2003
La voix au bout du téléphonne, si lointaine et vers le train, vers la rencontre prochaine. On laisse parler la mer, eros et agape. Dans le blanc des façades voisines l'éloge du silence, ça nous prend à la gorge les retours comme les départs. Sous le ciel hollandais, on crève de chaud et nos désirs s'étiolent. On ne sait plus trop bien mais on avance vers ces devenirs qui déjà nous embrassent. Un peu embarassé, je m'aventure doucement, vers ces rencontres, ces flux, ces captures. On se croirait à des noces, l'été meurtrier,
la conspiration sous le bras, je m'en vais vers les parcs, les jardins.
Tout s'accélère et la fuite du temps, nous entraine. On ne sait plus très bien et déjà l'on se touche. Il y a vers les aéroports, les gares et les ports, comme un corridor, quelquechose qui vous porte, sans à côtés possibles. On se souvient de
la peau douce du regard de la femme trahie et amoureuse. On pense aussi à la
chanson de Maxence. Non, non, je n'ai rien qui correspond à cette description. On se fait des films, on a besoin de se tamponner à coups d'images.
Réminiscence d'adolescence, quand on regarde
Mon Oncle d'Amérique on se demande comment appliquer ces grilles de lecture à nos propres comportements. Il y avait les larmes, la femme, le tragique, le nouveau et l'arrière de la scène menaçante. Longtemps après, à la faveur d'une
heure creuse, ou d'une nostalgie de la souffrance, la belle, la vraie, celle qui nous fait éprouver le monde, on se replonge non sans complaisance dans ces lignes tracées à la hâte, avec la ferme conviction "
les mots ça console et ça venge". On se retrouve touché de cette naïveté et de cette verve qui hypostasiaient nos désirs. On retrouve la lutte, la fuite, l'inhibition, le besoin de se décharger d'une haine de la vie, qui pourtant nous la montre plus belle.
La chaleur étouffe Paris alors derrière les fenêtres, j'ouvre ce blog, non comme une envie soudaine, plus par désoeuvrement, ou encore par refus. Je ne m'y contraints pas à y pointer quotidiennement, je n'y veux pas de "je". Ceci n'est qu'une nouvelle éphémère conspiration pour lutter, faire acte de présence au monde.