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"C'est très difficile de "s'expliquer" - une interview, un dialogue, un entretien. La plupart du temps, quand on me pose une question, même qui me touche, je m'aperçois que je n'ai strictement rien à dire. Les questions se fabriquent comme autre chose." Gilles Deleuze - Claire Parnet, Dialogues, 1996.

mardi, juillet 22, 2003

Il faut vivre
On me questionnerait pourquoi ces liens, pourquoi sinon cette gabegie du langage, pourquoi ne se pas taire. Ecrire, c'est sûrement tromper et déjà se tromper soi même, en se pliant à des mots qui ne sont que trop des images. Si pour certains le langage est fasciste, il n'en faut pas moins vivre et aimer à la fois et le rêve et la boue.
Dans cette civilisation des loisirs, nommée par Thorstein Veblen, le langage même devient une valeur ostentatoire, une valeur de classe. Il faudrait être juste un bureau de production dirait Godard, qui opposait si aisément les idées justes et justes les idées. Pas de mot d'ordre, ni de coup de tampon, le langage est censure ou pour certain profil d'une démesure bon teint.
Georges Bataille parlait lui si bien, dans La part maudite et La notion de dépense, de cette dépense improductive. N'y a-t-il pas ici dans cette dérive des mots, de ce blog, une fonction plus que jamais improductive, ostentatoire et territorialisante du langage ? Voir le langage sous forme d'une succession de codes n'a rien de nouveau, le problème est ou devient la domination de ces codes, des images dominantes.
Oui, alors ce blog est un territoire, le mien ...

A part
Werner Sombart : Les bourgeois sont imperméables aux pulsions érotiques
Autres pages sur Sombart : Le bourgeois et rien sur sa théorie de la base ?

lundi, juillet 21, 2003

Le temps des frondaisons, le temps des nouaisons
Oui, aujourd'hui, c'est le jour des noces contre nature. Je vous abhorre et vous aime. Essayer autre chose comme dans cette controverse du peuplier, essayer de se transplanter ailleurs, de réussir ailleurs, de se trouver son désert et d'y errer heureux et bagayant.

samedi, juillet 19, 2003

Les matins calmes
Cyrillus et Jacadi
Oui, petit, ma mère m'habillait, Cyrillus et Jacadi, ça vous marque un monde, une histoire. Peut-être ... La grande maison blanche, encadré de sapins verts d'eau, le parquet de chêne, c'était là notre territoire. Dans les allées du parc, nous allions mon frère et moi à vélos, nous blessions aux graviers, revenions en pleurant. Tout tenait un peu de l'immaculé et du miracle, tout sonnait parfois un peu faux. Trop de blancheur, de vert et de silence emplissait nos esprits, nos veines. C'était après le dernier S veineux de la Seine à flanc de coteau. Au dessus la forêt, en bas le fleuve, le soleil des soirs d'été offrait du tragique, quelque chose de Soleil Trompeur ou de Partition inachevée pour piano mécanique. Dans ma tête, je courrais parmi les longues herbes, vers le rouge absolu.

jeudi, juillet 17, 2003

Entrechat
Lui, il n'est pas . Il n'est pas ici non plus. Il devrait se tenir à un ton particulier, celui que l'on prend dans les jeux de sociétés, celui du Bal du conte d'Orgel. Cette exquise affectation du conte qui n'en sait plus ce qu'il pense et face à Maud se couvre de honte.

La plage
Le sable des pavés n'a pas la mer à boire ... devant l'océan, là, à deux heures de Paris, coincés sous une falaise, entre les gens agards, gavés de soleil morne.
Dans la créperie, tout est calme, il y a une serveuse affable et des parasols. Les vacances déshumanisent, désocialisent, je mange, dors, lis, il n'y a plus de morale et on prend un plaisir nouveau à se plonger dans Spinoza philosophie pratique. Je rencontre Paul et j'en ressens la joie. L'après-midi, la Normandie, c'est la Provence, le long des crêtes où poussent les genêts, l'écru des roches brule mes yeux.

vendredi, juillet 11, 2003

Hypérion
"Je m'étais peu mêlé à l'entretien. Depuis quelques temps, je me gardais de trop parler de ce qui intéresse le coeur : Diotima m'avait rendu laconique." Hölderlin, Hypérion, traduction de Philippe Jacottet, lettre à Bellarmin.
Je supporte mal la chaleur, j'y ressens comme un rétrecisssement de l'horizon des possibles. Dans Paris silencieux, abandonné des vacanciers, je baisse les volets, quelques voitures strient, rauques, le soleil blanc de la façade d'en face.
Qu'est-ce que c'est que cette affectation ?
Oui, oui, je couvre des pages de calcul, des pages de mots. Oui, oui, le soir j'aime la ville et le claquement des talons des femmes vers la Pagode et Le Mépris.
Oui, oui, je suis un peu l'âne Martin ?
Avant que les chandelles n'aient été éteintes, je lui sers fort la main. Tandis que mon regard suit la ligne rouge luminescente limitant l'allée, je la sens un peu fatiguée, je souris.
Tard le long des grands boulevard et des façades hauturières, elle tangue un peu, c'est le grand large ...

mardi, juillet 08, 2003

Le pompier
Elle me dit mon pompier et puis elle serre les dents. Je suis la reine des pommes. Elle me dit mon pompier et elle m'embrasse prestement. Oui, oui, c'est un peu indécent !
Du feu pour le bel incendie que j'allumerais à ta forge, du fond de moi puisque tu m'en pries, puisque tu me dis que ça te remonte à la gorge ...
La tête donnant sur la rue, on dirait l'orage, et c'est elle mon pompier. Casquée, bottée, les cheveux bien coupés, elle m'embrasse avec application.

La visagéification
Juillet à Paris, les jupes de C, plissées noires et blanches, sur la rue des écoles, le souffle du métro ...
On s'invite à des noces contre nature, à des vols, à des rapts, à des bals. La ligne 13 jusqu'à Miromesnil étouffe la statue de Rodin. Oui, ce n'est pas dimanche, mais dans les parcs, une statue de marbre me guide par la main, les cinémas sont pleins, les oiseaux dans les arbres regardent les humains ... La visagéification, c'est le visage de la noyée et l'attente du lecteur. Ô oui, nous tous on attend des signes, on attend des codes, on attend un blog !
Et la statue m'embrasse mais personne ne nous voit,
Sauf un enfant aveugle qui nous montre du doigt

dimanche, juillet 06, 2003

La représentation
Les soirs d'orage, les soirs pour la peau et les soirs où, déjà, il est un peu trop tard, on pourrait sourire à la Seine, lui raconter nos malheurs, à quoi bon ? Je ne suis Aurélien et vous n'êtes Bérénice ? C'est l'innatendu et le tragique : le baiser n'aura pas lieu. Oui, oui pourtant, tout avait si bien débuté dans la fièvre des départs. Vous portiez ses chaussures blanches, aux talons si fins, presque plates, qui émettaient un son décidé et féminin. Vous étiez accroché à mon bras, nous courrions les pavés. Dans votre robe noire, vous défiez les vitrines. Je me reculais un peu et, comme ça en passant, je tombais amoureux. Words, words, words ... Vous riiez, je crois et me proposiez : "Si on se tutoyait ?"
Tout ça c'est du théâtre et des souvenirs, une imagerie, des machines désirantes et mon sang qui palpite. Au détour d'une rue, vous tourniez les talons.

Le temps est hors des gonds ...
Les soirées froides de l'été, le soleil trompeur, les rires de la foule. Les gens s'aglutinent aux pieds des monuments, dans les rues, les jardins, sur les ponts. On sort les napes et les souvenirs, on boit du vin, on pense à rire. Il y a un peu de la feinte et de la fanfaronade, un peu de dépit et d'envie et puis je l'embrasse. Je suis les gens du regard et l'esquisse de ses hanches. Oui, oui, sa ligne de hanche ! Elle sourit légèrement, puis se renfrogne. On se déride par tous les bouts. On court, on boit. A la cité U, parmi les cables détachés, les groupes sans amares, d'un coup, elle me saute au cou. Elle portait ce drapé noir qu'ont les peintures des vestales de la Grèce antique et même si ce n'était pas vrai, ça lui irait très bien.