"C'est très difficile de "s'expliquer" - une interview, un dialogue, un entretien. La plupart du temps, quand on me pose une question, même qui me touche, je m'aperçois que je n'ai strictement rien à dire.
Les questions se fabriquent comme autre chose." Gilles Deleuze - Claire Parnet, Dialogues, 1996.
mardi, août 19, 2003
L'incapacité d'accomodation
Ô non, je m'adapte fort bien, mais je n'observe rien. Ca et là les murs blancs, deux images de toi sur une barque, au fleuve. Tu as le regard un peu perdu et hauturier, de ceux qui fond de la marine en
solitaire. Moi, je repense à la plage, à la mince bande touristique littorale, aux grands pins, à toi juchée sur mon vélo, si fière d'aller si vite.
Le domaine des caddies
Dans la queue, tout se fige, la demoiselle d'en face et puis mon sourire. La caissière avance ses commissions, là un shampoing, là des pommes, un sac, des yaourts. Tac, tac, derrière ça s'impatiente, un petit gros jovial et mal rasé semble faire des bonds intérieurs, sur la caisse de gauche, c'est déjà fini. Plus loin au fond, dans un rictus crade, un grand dominateur fulmine à sa voisine des
jamais et des toujours, pour la situation ou pour ses yeux, on s'en fout on fait la queue.
vendredi, août 15, 2003
Il suffirait de presque rien
je ne sors plus, je ne dors plus, je lis
Barbey d'Aurevilly et son
Histoire sans nom : "Quand on laregardait on s'expliquait très bien cet ascendant sans sympathie. Pour qu'elle fût sympathique, il y avait en Mme de Ferjol quelque chose de trop impérieux, de trop despotique, de trop romain, jusque dans son buste de matrone, dans la fière allure de son profil, et dans cette masse de cheveux noirs largement empâtés de blancs sur des tampes qu'ils rendaient plus austères et presque cruelles, et qui semblaient, ces impitoyables blancheurs, avoir eu des griffes pour s'accrocher et rester là obstinément sur ses résistantes épaisseurs d'ébène".
Courte nouvelle où les métaphores, le fantastique et la noirceur me remémorent ces premiers plaisirs de la littérature enfantine. Transgressant les recommandations maternelles, je m'aventurais alors vers ces romans d'aventures, d'aprentissage, parfois baroques qui gardent parfois encore aujourd'hui toute leurs saveurs. Oui, les plus beaux c'étaient
les élixirs du diable ou encore
Le chat Mürr de
E.T.A Hoffmann ... Je me souviens de l'air terrorisé de cette professeur d'allemand s'apercevant dans un rictus de ces tampes grisonantes que j'avais parcouru toute cette littérature romantique que
Personne ne lit plus !
jeudi, août 14, 2003
Ultraprovince
Longtemps, j'ai pratiqué ce que l'ethnologue Jean-Didier Urbain qualifie d'"
ultraprovince" mais sociale. Ce principe d'élections affectives et d'abstention sociale qui permet par une dialectique dedans/dehors de ne pas choisir. Ce dernier parle fort joliment d'"
osmose minimale avec la réalité locale".
mardi, août 12, 2003
Il conviendrait de s'excuser
De ne plus se rapprocher, d'esquiver, de disjoindre peut-être alors. Les murs blancs, la chaleur, les paroles élancées comme des baisers, le poids des corps, la latence, la nuit, tout finalement se fond.
Je transpire, je t'aime, ce n'est ni ma rédemption, ni ma perte, tout se tient. Le déséquilibre est un leurre.